Dans le paysage foisonnant de la pop culture et des imaginaires contemporains, certaines voix se distinguent par leur capacité à tisser des ponts entre savoir académique et passion créative. Nathalie Zema fait partie de celles-là. Enseignante, autrice et chroniqueuse, elle explore depuis plus de quinze ans les multiples facettes de la culture geek, du jeu de rôle aux récits de science-fiction, en passant par le cinéma d’animation et les cultures asiatiques. Entre salles de classe, festivals et plateformes en ligne, elle multiplie les terrains d’expression et de transmission.
À l’occasion de cet entretien, elle revient sur son parcours, ses influences et sa vision d’une pop culture en constante évolution. Voici la retranscription de notre échange.
Comment définiriez-vous la pop culture ?
Nathalie Zema : Alors, il y a plein de définitions sociologiques, […] mais aujourd’hui je dirais que c’est le lien entre les gens, c’est ce qui fait que quelque soit sa classe sociale,…on peut avoir des références communes et c’est en ça que la culture populaire est importante. Alors au départ, elle s’opposait vraiment aux cultures élitistes comme l’opéra, le théâtre ou la grande littérature. En France, on a bien cet aspect-là avec “le polar ou la science -fiction c’est des sous-genres”. Mais la pop culture ça a évolué avec la musique pop des Beatles, et on arrive vraiment à un moment, je pense dans les années 80 avec les Blockbuster, où c’est quelque chose qui fédère un peu les gens, et dans une époque où on est extrêmement divisé ou on fait tout pour nous diviser, je trouve que la pop culture ça fait un bon lien entre les gens et c’est aussi du divertissement dont on a vraiment besoin pour échapper au quotidien.
Pouvez-vous nous parler de vos travaux sur la pop culture ?
Nathalie Zema : Alors, moi j’ai commencé à écrire vous étiez pas nés, j’étais ado, j’ai commencé par écrire des nouvelles et des scénarios pour du jeu, des nouvelles, j’ai fait de la peinture, du dessin, plein de choses comme ça. Et à un moment, j’avais plus du tout cette envie là, je pense que l’adolescence était passée, j’avais plus besoin de m’exprimer par ces voies-là, mais ça m’a fait m’intéresser et découvrir plein de loisirs. Alors début du jeu vidéo, début du jeu de rôle, tout ça. Et j’ai eu envie de m’intéresser à ça parce que en tant que fille, j’étais un peu toute seule dans ce milieu-là, et j’ai commencé à me demander pourquoi, et en réfléchissant j’ai commencé à faire des recherches, à écrire sur ces sujets-là, donc plutôt dans des magazines, notamment des articles sur les femmes et le jeu. Et petit à petit, on est venu me chercher pour faire des articles, j’ai écris sur la peur dans le jeu vidéo, d’autres sujets comme par exemple l’adaptation de certains écrivains dans le milieu ludique, notamment Lovecraft, comment est-ce qu’on peut retranscrire l’horreur de romans dans le jeu, plein de sujets variés en lien avec la pop culture, et petit à petit j’ai écris pour des magazines papiers et des sites internet, j’ai fait de la critique de films, de la critique de livres, de BD, des choses comme ça, et petit à petit on est venu me chercher aussi pour mon expertise pour donner des cours [..]. Et puis parce que c’est intéressant de voir chaque générations qui a ses références de pop culture, je me suis rendue compte plus je vieillissais, plus je fréquentais de gens de tous les âges et plus nos référentiels étaient différents, par exemple Star Wars, quand tu demandes aux gens par quoi ils ont connus Star Wars tu peux cibler leur génération. […] Et ma génération, par exemple, qui a grandi avec Dorothée, avec l’arrivée des animés, quand on lui demande les animés avec lesquels elle a grandi, ce sera Dragon Ball, la génération d’après va citer le Big Three avec Naruto ou One Piece. Chaque génération comme ça a des références culturelles différentes qui nous lient, et en même temps c’est assez rigolo de voir que certaines œuvres passent les générations, par exemple Dragon Ball j’ai encore des petits qui le lisent là, One Piece par sa durée est en train de devenir transgénérationnel aussi, donc c’est intéressant.
Vos deux mondes, l’écriture et l’enseignement, semblent intimement liés. Comment ces deux activités se nourrissent-elles mutuellement ?
Nathalie Zema : Ce qui est intéressant, c’est qu’en étant passionnée de pop culture, je me rends compte avec les années que j’ai les mêmes références que mes élèves. Quand ils parlent de quelque chose je sais qui c’est, alors bon, parlons de Pokémon par exemple. Tout ça c’est important parce que ça crée du lien entre les gens, parce que forcément ils ont la sensation que je les comprends, et moi-même j’arrive à les comprendre mieux parce que je sais ce qu’ils aiment, et ça c’est très intéressant en primaire parce que ça sert aussi de moteur d’apprentissage, par exemple quand on fait des problèmes de maths, je sais pas si vous vous rappelez petits, les problèmes où le jardinier coupe du grillage, machin, tout ça, toujours des situations un peu complexe et surtout qui nous parlaient pas enfants. Alors qu’on peut travailler la même chose en faisant un enclos pour Pokémon par exemple, ou on peut travailler les soldes en faisant les réductions sur le prix de son jeu vidéo préféré plutôt que sur le coût d’une tonne de béton ou je ne sais quoi. Donc je me suis toujours servie de la pop culture pour amener les enfants à appréhender des choses abstraites qui sont très difficiles à leur âge, l’abstraction niveau cérébral c’est 14 ans, on a pas l’impression comme ça mais c’est tard. Et dès qu’il y a un thème qui te parle, notamment dans les exercices très abstraits que sont les problèmes de maths, t’as plus envie de trouver la solution, et ça te parle plus. Et après, l’idéal ça été quand on m’a proposé d’aller parler à des jeunes adultes, parce que du coup il y a du répondant et tu peux faire de l’humour et tu peux aller plus loin dans la réflexion sur des sujets qui m’intéressent, parce que forcément c’est plus intéressant d’échanger, et encore qu’à 8-9 ans parfois c’est surprenant les références culturelles. Et là, on voit la place des parents, de la transmission de la pop culture par les parents, c’est impressionnant, et bon, c’est encore une génération qui connaît Disney, Star Wars et tout ça forcément, et ça ça leur parle, même en art plastique ça arrive qu’on se serve de figures connues de leurs dessins animés préférés ou de chose comme ça pour amener à travailler des techniques ou des choses comme ça. […]
Pouvez-vous nous raconter un projet ou une séance où la pop culture a vraiment joué un rôle moteur dans l’apprentissage ?
Nathalie Zema : Alors je prends l’exemple de la classification du vivant. En sciences, on est censé apprendre en cycle 3 à classer les animaux, donc la classification scientifique ça date de 92, c’est assez récent, et c’est une classification qui se fait par ce qu’on observe et pas par ce qu’on ne voit pas. Et, quand je la travaille, en général, je la travaille avec des animaux réels mais aussi avec des Pokémons. En observant et en classant les Pokémons, on obtient des familles qui sont scientifiquement exactes, en plus on a du bol, parce que comme ça été créé par un fan d’entomologie (L’entomologie est la branche de la zoologie dont l’objet est l’étude des insectes.), il y a un vrai sens dans les familles Pokémons, et automatiquement, ils les connaissent tous donc c’est plus facile de leur faire décrire, et observer des Pokémons, parfois que les animaux de la savane, parce que culturellement certains enfants n’ont pas ces connaissances là. Donc je commence avec les Pokémons, ensuite des animaux qu’on étudie. On va faire la ferme, je fais l’Égypte ancienne aussi ça leur plaît bien, la savane, des choses comme ça. Mais bizarrement, quand on fait les poissons à la fin, ce qui est hyper dur parce qu’ils ne connaissent pas les sortes de poissons, mais les Pokémons ils connaissent, donc c’est une bonne amorce pour commencer à trier, classer et utiliser des notions qui sont purement scientifiques, sur des animaux imaginaires.
Comment les élèves ont-ils réagi ?
Nathalie Zema : Ça les fait marrer, ils rentrent plus vite dans l’activité. J’ai plus d’émulation là, même dans le groupe, c’est-à-dire qu’ils restent plus concentrés sur le thème du travail. Alors vous le savez, parce que vous avez dû faire du travail de groupe, quand on est en groupe évidemment on fait la mission qu’on nous a donnée, mais la plupart du temps ça déborde et on commence à discuter d’autres choses. Et puis il y a aussi le fait qu’on ne choisit pas forcément avec qui on travaille. En ayant une thématique comme ça, qui est un peu fédératrice et qui leur plaît, ils sont tout de suite dans l’activité, ils ont moins tendance à sortir du sujet, parce que ça les intéresse. Et certains élèves qui ont du mal à travailler ensemble d’habitude travaillent plus facilement ensemble, parce que d’un coup ils ont une passion commune. Et bon, on peut pas le faire sur tout, on peut pas le faire tout le temps.[…] Le fait d’alterner, d’avoir des moments de la journée où on a aussi des supports plus rigolos, par exemple on a fait des maquettes de château fort, en début d’année, avec de la récup, bon ben y en a c’était des châteaux forts très historiques, y en a d’autres ils étaient partis, on était dans le made fan total, y avait même un truc pour lancer des boules de feu, quoi. Mais ce n’est pas grave, moi la compétence que j’évalue c’est la faculté à concevoir un objet en 3D, qui avait 3 critères de château fort, donc il y en a qui ont choisi le pont-levis, d’autres les créneaux, etc. […]
À vos yeux, quels avantages pédagogiques ou humains la pop culture apporte-t-elle à l’école primaire ?
Nathalie Zema : Alors, honnêtement je pense que le premier avantage c’est la motivation des enfants. Parce qu’à partir du moment où ça t’intéresse, bizarrement tu retiens plus facilement, tu t’en rappelles[…]. Je pense qu’il y a cette espèce de motivation, il y a aussi le fait que ça rend leurs goûts et leurs univers valables, ça valorise ce qu’ils aiment, c’est pas mis de côté parce que c’est un truc d’enfant. Et je trouve que c’est important, parce que ça permet aussi de prendre confiance. Et je pense que c’est fédérateur pour le groupe. Ça crée du lien entre les enfants, même des enfants dont moi j’ai des milieux très différents, et j’ai beaucoup de nationalités différentes, et pourtant ils connaissent tous certaines choses et ça leur parle.
Est-ce que ces références contribuent aussi au climat de classe ou à la relation avec vos élèves ?
Nathalie Zema : Oui, parce que des fois on rigole, et on peut faire de l’humour, et ça a un côté moins sérieux qui n’empêche pas le travail. Et ce qui est intéressant, c’est qu’on arrive à des moments où on a de la complicité qui se crée entre les enfants et avec moi, et l’ambiance de classe est bien meilleure avec ce genre d’éléments […]. C’est aussi, ça met de la couleur, ça met de la vie et ça les fait se sentir un peu chez eux, parce que semblant de rien pour un enfant qui se lève à 7h et qui se couche entre 20h30 et 21h, grosso modo c’est le cas pour un élève de primaire, et ben ceux qui vont à la garderie à 7h30 et ceux qui quittent la garderie à 18h30, l’essentiel de leur temps il est à l’école, donc faut que ce soit un endroit où ils se sentent bien, en sécurité, et je pense que les références à la pop culture, à tout ce qu’ils aiment, ça fait partie du “je me sens chez moi”.
Selon vous, la culture pop peut-elle aider les élèves à développer leur imagination et leur esprit critique ?
Nathalie Zema : Alors l’imagination oui, parce que je vois chez les enfants qui ne lisent pas ou qui ont très peu vus de films ou même de BD, ça fait un point de départ, ça offre un imaginaire qui commence à être construit et sur lequel on peut se greffer, je pense à la fanfiction, tout simplement, c’est le principe. C’est-à-dire qu’on a pas à faire de world building, on a pas à trop réfléchir à la narration, y a déjà quelque chose qui est en place, donc ça peut aider des enfants en difficulté à se lancer, notamment pour la production d’écrits. Ou alors ça fait un référentiel. On travaille cette année sur un projet de kamishibaï, c’est une technique de conte japonais où à l’intérieur d’un théâtre en bois, qui s’appelle le butai, on glisse des planches, il y a une illustration avec un texte. Et donc, quand l’illustration passe, on lit le texte et on continue de raconter l’histoire et on fait défiler. Partir de rien pour raconter une histoire c’est extrêmement dur, parce que créer un histoire quand on est petit c’est dur, par contre quand t’as des références d’histoires universelles, de contes, ça t’aide à construire tes propres histoires […] parce que ça te donne des références visuelles, des références narratives, ça te donne des références de type de personnage, d’archétype, de clichés […]. Et pour ce projet, alors là c’est 2 petites filles qui l’ont fait, mais on a de tout, on a une histoire de panthère contre un fennec par exemple qui se partagent des territoires […] à chaque fois, quand on creuse un peu, il y a un truc qu’ils ont déjà lu, déjà vu, ça leur parle. Alors pour le fennec et la panthère des neiges, c’est marrant, c’est un petit garçon d’origine algérienne il voulait absolument qu’il y ait le désert et un fennec, parce que c’est l’animal de l’Algérie, mais il fallait un enjeu, et en même temps ils avaient fait un exposé sur la panthère des neiges et ils avaient trouvé l’animal super cool, donc quand ils ont eu à créer l’histoire, ils se sont appropriés ces choses qu’ils avaient déjà en eux, et ils ont créer une histoire. Et la pop culture pour ça, elle te crée une base de référence qui te permet à ton tour de créer.

L’esprit critique, moi je le travaille avec les enfants parce qu’on fait des espèces de mini critiques quand on voit des extraits de films, ou des choses comme ça. Mais en primaire, évidemment l’esprit critique il se travaille plutôt par rapport aux fake news sur internet, etc. Mais, le fait d’avoir vu plein d’œuvres, ou lu plein d’œuvres, forcément te fait avoir un avis et des préférences, et ça, ça aide à avoir de l’esprit critique. Après, aujourd’hui on est quand même dans une jeune génération qui a toujours été confrontée à la création par IA, qui a énormément d’images en permanence. […] Là ils sont un peu petits, c’est compliqué. Mais je pense que plus on a de références culturelles de toute façon plus on a une ouverture sur le monde et on est capable de prendre du recul […]. […] La culture ça te permet de t’ouvrir au monde. […]
Certaines de vos passions restent-elles volontairement en dehors de la classe ? Pourquoi ce choix ?
Nathalie Zema : Alors, la littérature d’horreur évidemment. Non, bizarrement, pas tant que ça parce que j’ai fait faire du jeu de rôle à mes élèves, mais plus pour travailler l’oral et la cohésion de groupe et le fait d’écouter l’autre, d’accepter des règles etc. Mais en fait, comme les passions que j’ai sont toutes liées à la culture et que la culture a totalement sa place à l’école, ça n’a jamais été vraiment un problème. Après, ce sont plus les sujets traités. On va prendre l’exemple de Marvel. Des fois, j’ai des gamins qui me posent des questions. “Ah, machin, il est plus fort que Bidule.” Enfin, vraiment, ils ont des questions des fois… Et donc je vais toujours répondre en me mettant à leur niveau de compréhension. […] Mais non, mes passions je ne m’en sers pas tous les jours mais je n’ai pas eu besoin de les évacuer professionnellement. Et tant mieux d’ailleurs parce que je pense que ça fait partie de nous, ce qu’on aime.
Comment conciliez-vous liberté créative et contraintes institutionnelles (programmes, attentes, manuels) ?
Nathalie Zema : Alors, j’ai une chance énorme de bosser dans le premier degré. C’est parce que ce que j’aime dans le premier degré, c’est que j’organise ma semaine comme je veux. Donc, je fais les matières que je veux quand je veux. Je peux arrêter une matière quand je vois que le groupe ne suit pas. Imaginez, je commence une séance de maths, je vois que ce jour-là, ça va pas du tout, c’est pas grave, on plie les affaires, on passe à autre chose. On peut moduler sa journée comme on veut, sa semaine comme on veut, son année comme on veut et on peut monter les projets qu’on souhaite. C’est-à-dire qu’un projet en général, il est multidisciplinaire. Tu vas écrire d’un côté, donc tu vas faire du français, tu vas lire, tu vas peut-être faire des calculs, tu vas peut-être avoir des aspects scientifiques, des aspects historiques. Toutes les matières peuvent être amenées à cohabiter dans un projet.
Et ça, c’est une liberté énorme quand tu fais toutes les matières, quand tu gères ton temps comme tu veux et que tu fais tous les domaines d’activité. Sachant qu’en plus, les programmes de primaire, depuis que je travaille, ont toujours été par compétence et par objectif. […] Quand on crée le kamishibaï pour faire une histoire, je travaille la conjugaison, je travaille l’orthographe, je travaille la cohésion narrative, on travaille l’art plastique, on travaille aussi le fait de s’adapter avec un support qui n’est pas le support habituel. On a tapé à l’ordinateur aussi. Donc c’est une liberté que tu as pas au collège quand tu fais qu’une matière où tu peux bosser, par exemple, avec deux enseignants qui peuvent collaborer mais ils ont un nombre d’heures limité.
Moi j’ai une année scolaire avec un nombre d’heures qui est assez conséquent auquel se rajoute des heures d’APC (accompagnement pédagogique complémentaire) […]. Par exemple, cette année, on fabrique un atlas géant des animaux, on fait les kamishibaï et on fait une pièce de théâtre. Ça c’est des projets dans lesquels on va travailler l’oral, on va travailler la confiance en soi, on va travailler le fait d’adapter son langage à ce qu’on fait. Sur l’atlas des animaux, il y a toutes les compétences scientifiques nécessaires pour compléter l’atlas, mais il y a aussi la réalisation du produit en lui-même qui devient un peu plus technique et la rédaction. Donc tout ça, c’est plein de compétences mélangées qui sont faisables parce que je suis en premier degré. Et ça c’est vraiment une chance énorme ce qui fait que j’ai énormément de liberté créative puisque finalement les programmes c’est l’axe de ce qu’ils sont censés savoir faire en fin d’année, voire en fin de cycle, c’est-à-dire en fin de 6e pour les miens, et à l’intérieur je fais comme je veux quoi. Alors, il y a des gens qui vont suivre des méthodes pas à pas, pas s’en éloigner, mais bon, moi, j’avoue, j’ai jamais été comme ça et puis chaque année, je fais des trucs différents. Une année, on a publié un livre dont vous êtes le héros par exemple. J’avais un niveau de classe en début d’année qui était vraiment hyper bon, ils sont rapides et tout. Je me dis bon, on va pousser le truc. On a fait un livre dont vous êtes le héros. Donc voilà, il y a l’adaptation au public humain qui est en fait la plus grosse limite. C’est-à-dire quand on a trop d’élèves en difficulté, la priorité ça reste l’apprentissage de la langue et les mathématiques, soyons clair. […]
Par contre, c’est un boulot qui demande beaucoup d’improvisation malgré énormément de préparation parce qu’il faut quand même rebondir par rapport au groupe et aussi l’adaptabilité, parce que ça peut pas être figé, tu as beau préparer des fois ça veut pas, des fois ça va plus vite, faut jongler mais techniquement je fais ce que je veux. J’ai acheté de la pâte d’argile, je ne sais pas ce que je vais en faire encore, mais on peut très bien faire des Totoros si j’en ai envie.
Quel regard portez-vous sur la place de la pop culture à l’école aujourd’hui, entre ouverture et résistance institutionnelle ?
Nathalie Zema : Alors, elle n’est pas présente dans les programmes et même au niveau des listes de livres à lire/conseiller, qui ont beaucoup changé par rapport à quand j’ai débuté l’enseignement. On trouve le Seigneur des Anneaux et Harry Potter mais ça fait pas si longtemps. […] Alors nous sommes quasiment inexistant, mais au collège il n’y a qu’à voir le contenu des CDI. Si le prof documentaliste achète de la nouveauté, c’est lui qui va ouvrir la voix à la pop culture. En primaire, c’est l’enseignant qui va décider d’amener certains thèmes. Mon collègue aussi est très fan de pop culture.[…] Donc, je sais qu’il va y avoir des références à la pop culture qui vont être glissées dans l’enseignement parce que c’est des gens qui aiment ça, mais on n’a pas de bibliothèque d’école par exemple, on n’a pas ce genre de de support pour amener. Donc ça va plus être l’enseignant qui va donner l’impulsion […]. Pour moi, c’est le CDI qui a un vrai rôle à jouer en proposant autre chose que des classiques et notamment plus qu’on a dans des œuvres modernes, des choses très bien qui abordent des thématiques qui n’étaient pas abordées dans les œuvres classiques et dont on a besoin parce que la société a changé et parce que le langage a changé. Lire Molière avec un niveau très moyen de 6e, c’est compliqué. Et je pense qu’il ne faut pas oublier ces œuvres là, c’est sûr, mais que la pop culture permet des choses plus accessibles qui vont traiter aussi des thématiques aussi importantes, notamment quand on est ado. Parce qu’il y a un vrai décalage entre ce qu’on fait lire et les problématiques que se posent les enfants. Et ça, si tu veux impliquer les gens, faut que ça leur parle.
Quels conseils donneriez-vous aux enseignants, actuels et futurs, qui aimeraient intégrer leurs passions dans la classe ?
Nathalie Zema : Je pense que déjà il faut se lancer, ne pas se retenir. Si ta passion c’est le macramé, je dis au hasard, et bien pourquoi pas faire des ateliers avec les enfants. De toute façon, ça travaille la motricité fine. Il y a le côté satisfaction de l’objet terminé aussi. Ça peut être dans le cadre d’un projet pour faire un cadeau à quelqu’un. Ça peut être pour des associations. Je me rappelle il y a une quinzaine d’années avec mon collègue directeur, on a tricoté la plus grande écharpe du monde avec des papis et des mamies. Les enfants ont appris à tricoter, ont créé du lien avec une génération de personnes âgées qui étaient seules dans un EHPAD, étaient fiers d’avoir pu aider. Certains n’avaient pas de grands-parents, ils ont pu vraiment créer du lien. Techniquement, dans les programmes scolaires, il n’y a pas tout ça. Sauf que dans les programmes scolaires, il y a de l’éducation civique et le fait de respecter les autres générations, d’essayer de s’entendre, ça fait du lien. Le fait de s’engager dans un projet, c’est important aussi. On le voit professionnellement, quand on commence quelque chose, on doit aller au bout. Avec mes élèves par exemple, c’est quelque chose qu’on a vu en début d’année. Si on a trois projets cette année, c’est parce qu’ils ont été aussi d’accord pour le faire. J’en parle avec eux, je leur explique ce qui va être difficile, ce qui va être chouette, on voit si on se sent capable de se lancer et on réajuste. Si on voit qu’au niveau ambition, on est allé trop loin, on peut aussi réajuster. Et tout ça, c’est quelque chose qu’il faut oser faire. Et pour moi, le format du projet est le meilleur moyen pour se lancer à travers ses passions. La thématique aussi, alors ça c’est plus en maternel, mais en maternel par exemple, on travaille beaucoup par thématique. Donc, on peut très bien avoir un mois où la thématique, c’est la passion de quelqu’un et puis on essaie de voir à l’intérieur tout ce qu’on peut travailler, le langage, les maths etc.
Enfin, si vos élèves de demain devaient garder une image ou un souvenir de vous en tant que prof, lequel aimeriez-vous que ce soit ?
Nathalie Zema : Je ne les ai pas trop traumatisés. Non, j’aimerais juste qu’ils aient été contents d’être venus à l’école. En fait, ce qui me fait plaisir, c’est quand j’ai des anciens élèves qui viennent me voir. Ils reviennent dire bonjour, ils viennent me voir quand ils ont des problèmes de cœur au lycée. Ou même en 6e, ils viennent me voir et à chaque fois, ils disent « Oh là là, on était bien dans ta classe » . Et en fait, moi tout ce que je veux c’est qu’ils viennent et qu’ils n’aient pas la boule au ventre et qu’ils soient heureux. S’ils sont heureux à l’école, ils apprendront. […]
Interview réalisée par Camille Delagrange, Morgane Fonta, Thibault Lebon et Luna Risse
