« Je ne savais pas que vous étiez prof !» Interview sous forme de questions réponses de Florence G. professeur documentaliste dans un établissement privé de niveau collège et lycée à Pessac.
Entre collégiens et lycéens, le CDI devient un véritable carrefour des usages et des niveaux. Florence, professeure documentaliste dans un établissement partagé, raconte un métier bien plus mouvementé qu’il n’y paraît.

Question innocente des élèves
Amélie : On va commencer par la fameuse question que tous les élèves posent. Est-ce que tu as vraiment lu tous les livres du CDI ?
Florence : (rires) Non, et heureusement ! Mais ce qui est drôle, c’est que la question vient autant des collégiens que des lycéens. Comme quoi, certaines choses ne changent pas.
Un public varié
Amélie : Tu travaille avec des publics très différents, non ?
Florence : Oui, et c’est toute la particularité de mon poste. Je suis professeure documentaliste dans un collège et un lycée qui partagent le même CDI. Donc dans une même journée, je peux passer d’un élève de 6e qui découvre ce qu’est un sommaire à un lycéen qui prépare un exposé argumenté.
Deux publics, deux ambiances
Amélie : Ça change quoi concrètement, ce double public ?
Florence : Tout ! Les attentes, les besoins, l’autonomie. Un collégien va avoir besoin d’être beaucoup guidé et assisté, alors qu’un lycéen peut aller plus loin dans l’analyse et être beaucoup plus autonome.
Amélie : C’est une contrainte ou une valeur ajoutée ?
Florence : Une valeur ajoutée, vraiment. Ça permet de voir l’évolution des élèves, de comprendre leurs besoins à différents âges. Et lorsqu’on ce trouve sur les heures ouverture libre du CDI j’ai pu assister quelque fois a de l’entraide entre les lycéens et les collégien pour des aides aux devoirs ou sur les ordinateurs lorsque je n’était pas disponible de suite.
Le CDI, un lieu hybride
Amélie : Le CDI, c’est un lieu de travail ou un lieu de vie ?
Florence : Les deux, clairement. Et encore plus dans un établissement partagé. Certains viennent pour lire, d’autres pour travailler, d’autres pour faire une pause.
Amélie : Est-ce que les élèves aiment venir au CDI ?
Claire : Pas toujours. Certains adorent, mais d’autres voient ça comme une contrainte, surtout au lycée. Ils ont beaucoup de sollicitations et le CDI n’est pas forcément leur premier choix. Le CDI, ce n’est pas toujours leur priorité.
Amélie : Pourquoi certains élèves évitent-ils le CDI ?
Florence : Il y a plusieurs raisons. Déjà, ils associent parfois le CDI au travail scolaire, donc à une contrainte. Et puis ils ont leurs habitudes ailleurs : salle d’étude, cour, téléphone, le foyer. Sur leurs temps libres dans l’établissement ils préfèrent jouer au babyfoot que de venir lire un bon livre.
Anecdote
Amélie : Une anecdote sympa à me raconté ?
Florence : Un élève caché derrière une étagère qui m’explique qu’il prend une “pause sociale”. Honnêtement, j’ai trouvé ça assez juste. Et j’ai aussi eu un jour un élève qui s’installe à une table jusque là rien d’inhabituel et je remarque qu’il bouge un peu trop sous la table, et je découvre qu’il mange des pâtes froides avec son téléphone posé dans son sac. Quand je lui fais la remarque, il me dit : “Madame, j’avais besoin d’un endroit calme.” Et là, je me dis que le CDI joue aussi ce rôle-là. Évidemment, il y a des règles on ne transforme pas le CDI en cantine mais ça reste un lieu où les élèves viennent aussi souffler.
Les coulisses et les imprévus
Amélie : Qu’est-ce qu’on ne voit pas de votre métier ?**
Florence : Toute la gestion. Le choix des documents, l’organisation, la coordination et bien évidement les imprévus techniques qui arrivent tout le temps et qui fait baisser la fréquentation du CDI parce que les ordinateurs sont inutilisable.
Amélie : Les fameux bugs ?
Florence : Exactement. L’imprimante qui ne fonctionne plus, les ordinateurs qui ralentissent toujours au mauvais moment. Et bien sûr, les mots de passe oubliés. Un grand classique, des collégiens et lycéens.
Le métier
Amélie : Si vous deviez résumer votre métier ?
Florence : J’aide les élèves à s’y retrouver dans un monde d’informations… qu’ils aient 11 ou 17 ans. Et accessoirement, à retrouver leur mot de passe.
Amélie : Certains élèves pensent que le CDI ne sert à rien ?
Florence : Oui, surtout au lycée. Ils pensent qu’ils savent déjà chercher. Je leurs montre que chercher, ce n’est pas juste trouver. C’est comprendre, trier, analyser. Et là, ils réalisent qu’il y a plus de travail qu’ils ne pensaient.
L’intelligence artificielle
Amélie : Les élèves utilisent-ils beaucoup l’intelligence artificielle ?
Florence : Oui, énormément. Surtout les lycéens. C’est devenu un réflexe pour certains dès qu’il y a un devoir, ils vont voir une IA. C’est le copier-coller version 2.0.
Amélie : Est-ce que ça change quelque chose par rapport au copier-coller classique ?
Florence : Oui et non. Avant, ils copiaient Wikipédia. Maintenant, ils copient une réponse générée. Le problème reste le même : ils ne lisent pas vraiment ce qu’ils rendent.
Amélie : Vous êtes contre l’utilisation de l’IA en classe ?
Florence : Pas du tout. C’est un outil, comme un autre. Mais il faut apprendre à s’en servir.
Amélie : Concrètement, vous leur apprenez quoi ?
Florence : À poser de bonnes questions, à vérifier les réponses, à comparer avec d’autres sources. Et surtout, à ne pas déléguer leur réflexion.
Au CDI, on vient parfois pour travailler, parfois pour se poser et parfois avec un paquet de chips un peu trop bien caché. Entre sérieux et petits détours du quotidien, une chose est sûre : ce lieu n’est pas seulement un espace de ressources, c’est un espace de vie. Et si les élèves y entrent parfois à reculons, ils en repartent souvent avec un peu plus qu’ils ne cherchaient au départ une information, une méthode ou simplement un moment de calme. Florence m’a raconter un peu la particularité de son établissement et de toute la richesse de son métier.