L’intelligence artificielle générative bouscule les murs de l’école. Pour comprendre comment l’institution s’empare de ce sujet, nous avons rencontré Pascal Bouzin, l’Adjoint au Délégué Régional Académique au Numérique Éducatif (ADRAN) de l’Académie de Bordeaux. Entre éthique, réduction des inégalités et nouveaux rôles pour le professeur documentaliste, voici les points clés de notre échange.

CC0 Domaine public

Depuis l’apparition de ChatGPT fin 2022, le monde de l’enseignement est en ébullition. Pour notre expert, l’heure n’est plus au débat de principe mais au pragmatisme. Avec près de 90% des lycéens utilisant déjà ces outils sans attendre de permission (enquête IFOP, 2025), l’IA est devenue un « fait social total ». La stratégie de l’Éducation nationale est claire : ne pas faire « contre », mais faire « avec ».

Dépasser la peur de la triche : un levier de transformation

L’un des premiers réflexes face à l’IA a été la crainte de la triche. Pourtant, Pascal Bouzin souligne que l’IA agit comme un « verre grossissant » sur nos pratiques pédagogiques. Elle nous oblige à repenser le statut des devoirs maison et de l’évaluation. L’enjeu est d’éviter la « spoliation cognitive », quand la machine réfléchit à la place de l’élève, en intégrant l’IA comme un assistant à la réflexion et non comme un remplaçant.

« Plutôt que de sous-traiter à ChatGPT, l’objectif est d’amener les élèves à construire leur esprit critique en comprenant la boîte noire. » – Pascal Bouzin

Lutte contre la fracture numérique 2.0

L’école doit réduire les inégalités, notamment numériques, pas les creuser. Avec l’IA, un nouveau risque apparaît : celui d’un fossé entre les élèves acculturés et ceux qui en font un usage purement récréatif. L’institution mise donc sur la formation massive des personnels (via des cycles comme « En toute intelligence ») et le développement de solutions souveraines et sécurisées pour garantir une égalité des chances réelle face à ces technologies.

Le professeur documentaliste : pivot du système

Dans ce paysage en mutation, notre rôle de futur professeur documentaliste est jugé « systémique ». Par notre transversalité, nous pouvons apparaître comme les experts de l’IA. Entre la veille documentaire, l’éducation aux médias et à l’information (EMI) et la co-intervention avec les collègues de discipline, le CDI s’impose comme le laboratoire privilégié pour apprendre à «apprendre par et au numérique ».

En conclusion, l’IA ne remplacera pas l’enseignant et encore moins le professeur documentaliste, mais elle redéfinit sa mission : cultiver le discernement et l’esprit critique pour former des citoyens éclairés dans un monde algorithmique.

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