Avec l’avènement puis l’omniprésence de l’IA, des inquiétudes émanent de milieux différents, et cet outil, auparavant vu comme révolutionnaire, commence à faire de plus en plus peur. Mais alors, faut-il vraiment en avoir peur et les IA peuvent-elles vraiment dénaturer les apprentissages ? Didier Roy, chercheur à l’INRIA, a accepté de répondre à nos questions.
Didier Roy est un chercheur associé à l’équipe FLOWERS AI & CogSci Lab d’Inria de Bordeaux et au Centre LEARN de l’EPFL de Lausanne. Son champ de recherche est l’intelligence artificielle et l’optimisation des apprentissages. Ancien professeur de mathématiques, il a vu en l’IA une opportunité d’un nouvel outil pour améliorer et personnaliser les apprentissages.
QUELQUES DEFINITIONS
Pour commencer Didier Roy nous livre deux citations :
- « C’est la science de faire réaliser par des machines des choses qui demanderaient de l’intelligence si elles étaient faites par un humain ». Marvin Minsky, Semantic Information Processing, 1968
- « C’est le domaine scientifique qui étudie les mécanismes de l’intelligence et leur imitation par des machines (ordinateurs, robots) pour assister ou remplacer des activités humaines. » (définition officielle, inspiré de celle de la commission d’enrichissement de la langue française et datant de 2018)
Selon lui, l’IA peut servir pour la différenciation pédagogique, notamment pour la personnalisation des apprentissages, en donnant l’exemple de l’algorithme ZPDES d’Inria, utilisé dans les plateformes Adaptiv’math, Adaptiv’langue et Mia Seconde utilisées à l’école.
AVANTAGES ET INCONVENIENTS DE L’IA
Toutefois, Didier Roy met en garde contre une bonne et une mauvaise utilisation de l’IA. « La mauvaise est, pour faire court, de l’utiliser pour tout et n’importe quoi sans discernement. La bonne est de l’utiliser quand elle apporte vraiment quelque chose, et d’en faire un usage éclairé, en vérifiant et en croisant les sources si c’est de l’IA générative. »
Il se permet également d’apporter une précision importante sur les limites de l’IA, en expliquant que « l’IA dépasse l’homme dans plusieurs domaines, notamment en calcul, génération de contenu et mémorisation », tout en nuançant et en précisant qu’ « elle reste incapable de rivaliser avec l’humain en intelligence motrice, en adaptabilité et en perception sensorielle complexe. L’IA ne pourra pas imiter la complexité du cerveau humain à court terme. »
Le chercheur tient finalement à nous mettre en garde vis-à-vis des usages de l’IA. Selon lui, « il y a des risques vis-à-vis de certaines compétences humaines qui pourraient se trouver affaiblies (créativité, réflexion, rédaction, débat). Il y aussi les risques plus larges concernant la qualité de l’information, les atteintes à la démocratie par la manipulation des informations. Sans oublier le risque de perte d’originalité, de contenus plus formatés, moins variés. »
QUEL AVENIR AVEC L’IA ?
En 2024, en collaboration avec Pierre-Yves Oudeyer, Didier Roy a écrit « C’est pas moi, c’est l’IA ». Interrogé à ce sujet, « [sa] nature optimiste [le] pousse à le croire (ndlr : à un équilibre entre travail personnel et travail réalisé avec l’IA) mais pour cela il aura fallu être très vigilant, avec un cadre législatif solide. Dans tous les cas, l’IA occupera la place dans la société que les humains auront bien voulu qu’elle prenne, elle n’a pas de volonté propre, c’est nous qui décidons ».
